Quand son ancienne professeure est retournée au travail après qu'une chirurgie de la colonne vertébrale l'ait laissée paralysée de la taille aux pieds, Robert McCarthy a remarqué quelque chose que la plupart des gens auraient pu négliger. Malgré sa détermination à continuer d'enseigner, elle faisait face à de nouveaux obstacles dans sa vie quotidienne — des défis petits mais constants, comme faire passer son fauteuil roulant par-dessus le seuil surélevé d'une porte ou ouvrir des flacons de médicaments qui n'étaient pas conçus pour une dextérité limitée.
« C'était l'une des meilleures enseignant·e·s que j'aie jamais eues, raconte Robert. Elle réussissait tout simplement à rendre l'école agréable pour nombre d'entre nous. Alors, quand j'ai réalisé à quel point ces petits détails lui compliquaient la journée, j'ai voulu faire quelque chose pour l'aider. »
En utilisant la méthode de résolution créative de problèmes qu'il a développée chez Shad, Robert et un groupe de ses pairs ont commencé à concevoir des outils abordables et pratiques qui pourraient lui redonner une partie de son indépendance. Ils ont créé une rampe portable imprimée en 3D qui pouvait être placée sur le seuil des portes et facilement retirée, ainsi que des flacons de pilules adaptés qui pouvaient être imprimés à la demande chaque fois qu'un flacon se brisait ou s'usait.
C'était une idée simple, mais ancrée dans l'empathie, une valeur que Robert associe directement à son passage à Shad en 10e année. « Notre défi de conception cette année-là consistait à améliorer le bien-être des Canadiens », se rappelle-t-il. « Cela m'a fait réaliser à quel point la science et l'ingénierie peuvent directement améliorer la vie des gens, une idée qui ne m'a plus quitté depuis Shad. »
Ayant grandi dans une région rurale de Terre-Neuve, Robert avait toujours imaginé un parcours tout tracé : terminer ses études secondaires, fréquenter l'Université Memorial à St. John's et bâtir sa vie près de chez lui. « C'est ce que tout le monde faisait, dit-il. On finit l'école, on va à Memorial et on trouve un travail dans les environs. Je n'avais pas vraiment réfléchi à ce qui pouvait exister au-delà de ça. »
Tout a changé lorsque son professeur de sciences de 10e année a présenté Shad à la classe. « Il a passé peut-être cinq minutes avant le cours à en parler, un programme d'été pour les jeunes qui aiment la science et l'innovation », raconte Robert. « Quand je suis rentré chez moi ce jour-là, j'ai cherché sur Internet et je me suis dit que ça avait l'air incroyable. »
Ses parents ont été surpris lorsqu'il leur a fait part de son intention de poser sa candidature. « Je crois qu'ils pensaient que je plaisantais, admet-il en riant. L'idée que je traverse le pays seul pendant un mois était énorme. Mais j'ai travaillé sur mes textes de présentation, j'ai économisé l'argent de mon emploi d'été et j'ai envoyé ma candidature. »
Quelques mois plus tard, Robert a été accepté dans le programme, obtenant une place sur le campus de McGill de Shad. C'était la première fois qu'il quittait Terre-Neuve de sa propre initiative. « Cet été-là, mes parents m'ont déposé à l'aéroport et c'était tout », se rappelle-t-il. « C'était à la fois terrifiant et excitant. »
L'expérience qui a suivi a tout transformé. « Pendant les premiers jours, je me demandais « qu'est-ce que je fais ici », dit-il. Mais une fois que j'ai commencé à faire des rencontres, des élèves venus de partout au Canada avec des parcours complètement différents, j'ai réalisé tout ce que je pouvais apprendre rien qu'en étant avec eux. »
À travers des conférences, des ateliers et le défi de design, Robert a commencé à voir l'ingénierie non pas comme une théorie abstraite, mais comme un outil de résolution de problèmes et d'empathie.
« Pendant que nous travaillions sur le choix d'un sujet de conception, puis sur nos solutions, nous n'arrétions pas de nous demander : à qui cela rend-il service ? Pourquoi est-ce important ? », dit-il. « Cet accent mis sur les personnes impliquées dans un problème m'est resté en tête. »
À son retour, Robert a vu le monde, et son propre potentiel, différemment. « Je me suis mis à penser que je pouvais peut-être faire quelque chose qui dépasse les attentes », dit-il. « J'ai commencé à envisager d'aller étudier à l'université et de voir à quoi ressembleraient mes options à plus large échelle. »
Cette même mentalité est revenue au premier plan en 12e année, lorsque Robert a appris que Mme Janes, la professeure qui l'avait tant marqué, était revenue enseigner à distance après son opération. « Quand j'ai su qu'elle encadrait des élèves sur des projets d'accessibilité, j'ai voulu y participer », dit-il.
En collaboration avec Mme Janes et un autre enseignant de son école, Robert a aidé à concevoir et à imprimer plusieurs outils d'accessibilité. « L'une de ses plus grandes difficultés était de franchir les petits seuils de porte », explique-t-il. « Nous avons donc créé une rampe légère qu'elle pouvait installer et enlever facilement. » Ils ont ensuite conçu des flacons de médicaments adaptés pour en faciliter l'utilisation. « L'objectif était de fabriquer des objets abordables et faciles à reproduire », ajoute-t-il. « On pouvait simplement en imprimer un nouveau s'il se cassait. »
Cette expérience a confirmé ce qu'il avait appris chez Shad : l'innovation ne se résume pas à la technologie, elle concerne avant tout les gens. « Ce projet a renforcé mon envie d'étudier en génie », a-t-il confié.
Quand est venu le temps de choisir une université, McGill était en tête de liste. « J'y avais déjà passé un été et j'avais adoré », dit-il. « C'est au centre-ville mais on s'y sent comme dans une communauté tissée serrée. Après Shad, je pouvais m'y imaginer. »
Maintenant en deuxième année de génie mécanique, Robert met ces leçons en pratique en tant que chef de projet au sein de la McGill Rocket Team, où les étudiants conçoivent et construisent des fusées hybrides qui combinent des propulseurs solides et liquides. « C'est l'une des choses les plus gratifiantes que j'aie faites », dit-il. « Nous concevons et construisons presque tout nous-mêmes : les systèmes de propulsion, les charges utiles, et même les structures. »
Chaque année, l'équipe s'associe à des chercheurs pour inclure une expérience scientifique dans leur fusée. « Nous avons récemment collaboré avec une entreprise qui teste des implants osseux orthopédiques soumis à une forte accélération », explique Robert. « L'idée est de voir comment ces matériaux résistent aux forces G auxquelles sont soumis les astronautes ou les pilotes. »
Bien qu'il se concentre sur la propulsion, Robert apprécie l'esprit de collaboration de l'équipe. « Nous avons des élèves de toutes les facultés : génie, physique, commerce et arts », dit-il. « C'est une équipe très diversifiée et nous apportons tous notre pierre à l'édifice. »
Robert prévoit de se spécialiser en génie aérospatial et d'obtenir éventuellement une maîtrise, dans l'espoir de travailler dans le secteur spatial canadien en pleine expansion. « J'aimerais beaucoup travailler pour l'Agence spatiale canadienne ou une entreprise privée dans le domaine de l'aérospatiale, dit-il. Les gens pensent que l'espace est quelque chose de très lointain, mais la technologie développée pour l'explorer nous est souvent utile dans la vie quotidienne. »
Pour Robert, c'est là le fil conducteur : utiliser l'innovation pour améliorer la vie des gens. Qu'il conçoive des outils d'accessibilité ou teste des systèmes de propulsion, sa motivation reste la même. « Savoir que ce que je crée peut améliorer la vie de quelqu'un, c'est ce qui me motive », dit-il.
Il partage souvent ce message avec les élèves de chez lui, à Terre-Neuve. « J'essaie de dire aux plus jeunes de ne pas avoir peur de voir au-delà de ce qu'ils connaissent, dit-il. Quitter la maison pour la première fois a été effrayant, mais cela a changé beaucoup de choses pour moi. Ça m'a montré qu'il y a tout un monde qui nous attend si l'on décide de le découvrir. »
À travers ses études et sa volonté de continuer à résoudre des problèmes importants, Robert continue de prouver que l'innovation ne se résume pas seulement à ce que nous construisons, mais aussi au pourquoi nous le construisons et pour qui.