Les quincailleries ne sont pas l’apanage des papas uniquement

 

Petit coup d’œil sur les chiffres manquants et le « pipeline percé » pour ce qui est du programme d’innovation du Canada

 

Par Teddy Katz

 

Un groupe de jeunes filles et de femmes toutes reliées de près ou de loin à SHAD, programme d’été   primé axé sur l’enrichissement et l’entrepreneuriat, en appelle à des changements draconiens afin d’aider les femmes à devenir deschefs de file dans les domaines des STIM (sciences, technologie, ingénierie et mathématiques).

Selon elles, à défaut d’agir, des millions de dollars seraient en jeu pour le Canada.

 

Elles étaient membres d’un comité d’experts réuni aujourd’hui à la Conférence sur les politiques scientifiques canadiennes àOttawa.

 

Certaines des panélistes sont encore au secondaire, y compris Emily Cross, qui a remporté le Prix de l’Expo-sciences pancanadienne pour ses recherches. (Vous pouvez visionner les diapos du comité d’experts!)

Elle qui vient de Thunder Bay trouve difficile de dénicher des programmes STIM parascolaires à l’intention des jeunes en général, mais encore plus à l’intention des jeunes filles en particulier. Elle fait valoir qu’il est également difficile de trouver du matériel pour mener des recherches. 

 

Cependant, elle précise que parfois il n’y a rien de pire que de composer avec les stigmates et les attitudes.

 

« J’ai mis les pieds dans une quincaillerie cette année à la recherche de certains matériaux pour un projet de sciences. Lepréposé m’a demandé si je venais chercher quelque chose pour mon père, fait remarquer Emily Cross. Dès l’instant où je lui ai dit que c’était pour moi, ajoute-t-elle, il s’est tourné vers un autre client. »

 

Par suite de cette expérience, le message que tient à livrer Mme Cross est que les femmes doivent comprendre qu’elles ont le droit de se salir les mains elles aussi et que ça n’a rien de sorcier. « Vis, boulons et écrous, pourquoi pas nous! Cela peutencourager notre intérêt envers la science », atelle expliqué au public.

 

D’autres membres du comité d’experts ont déploré le manque de modèles de rôle dans les STIM et ont abordé la notion « Vous ne pouvez pas être ce que vous ne voyez pas ».

 

Bethel Samson est une élève de 12e année à Ottawa. C’est une Canadienne d’origine éthiopienne et aspirante neurochirurgienne. Lorsqu’elle a tenté de déterminer la route qui l’attendait, il lui est venu l’idée de taper dans Google « Qui est la première chirurgienne canadienne de couleur? ». Cependant, aucun résultat ne s’est alors affiché. 

 

« Souvent, ce qui empêche les jeunes femmes et les minorités de réaliser leur plein potentiel, c’est le fait que nous n’arrivons pas à bien nous représenter ce que nous aimerions devenir », fait remarquer Berthel Samson. 

Elle sait qu’il en va de même pour les femmes des Premières Nations, les femmes des milieux ruraux ou des régions éloignées du pays et les femmes en technologie.

 

Le comité d’experts d’aujourd’hui, face aux décideurs politiques à Ottawa, a exhorté le gouvernement fédéral à mettre sur pied un programme national de mentorat destiné expressément aux groupes marginalisés et qui favorise l’embauche des femmes dans des entreprises privées liées aux STIM. 

 

L’importance du mentorat a aussi été mise en évidence. WinnicaBeltrano, étudiante de deuxième année à l’Université de Calgary en sciences de la santé et en sciences biomédicales, a remporté de nombreux prix et bourses, dont le Prix humanitaire Terry Fox.

 

Selon elle, cela tient au fait qu’elle a participé à SHAD. De plus, ces bourses lui ont été décernées peu après son stage dans le laboratoire de Melanie Martin, professeure de physique à l’Université de Winnipeg, qui elle aussi avait participé à SHAD en 1990.

 

« Cela m’a donné énormément confiance en moi et m’a découvrir des tas de possibilités, a fait valoir Mme Beltrano. Après mon stage, la professeure Martin m’a encouragée à poser ma candidature à différentes bourses de recherche, ce que j’ai fait. Les jeunes femmes doivent savoir que de telles bourses existent et elles doivent avoir la confiance nécessaire, qui leur fait parfois défaut, afin de poursuivre ces occasions debourses. » 

 

Mme Martin dirige actuellement le Centre de microscopie à résonance magnétique de l’Université de Winnipeg. Par ses recherches, elle entend faire sa part afin de rendre plus précis et plus rapide le diagnostic de l’Alzheimer, de la sclérose en plaques et d’un éventail d’autres maladies.

 

Cependant, lorsqu’elle envisage l’avenir et qu’elle songe aux jeunes filles prometteuses comme Mme Beltrano, la professeure Martin s’empresse d’affirmer que les choses doivent changer.

 

« Par le passé, on trouvait un grand nombre de subventions et de bourses d’études qui aidaient les femmes comme moi à faire leur chemin dans le domaine des STIM et même à devenirprofesseures. Toutes ces subventions ou bourses semblent avoir été délaissées, confie Mme Martin. Si nous voulons vraiment montrer à ces femmes qu’elles ont leur place dans le domaine des sciences et de la technologie et qu’elles peuvent se hisser jusqu’aux sommets en STIM, nous devons dès ce jour remettre sur pied ces programmes de bourses ou de subventions. »

 

Mme Paulina Cameron, autre membre du comité d’experts, estdirectrice à Futurpreneur Canada, qui offre un financement de démarrage aux jeunes entreprises. Selon elle, bien que le Canada soit souvent perçu comme un leader mondial dans l’égalité entre les femmes et les hommes, un petit pourcentage de capital de risque va aux femmes et les femmes présidentes et chefs de la direction ne sont pas légion.

 

Pire encore, constate Mme Cameron, les femmes quitteront probablement le pays à la recherche d’autres horizons si rien n’est fait. Le prix à payer serait énorme.

 

Elle nous renvoie à une étude menée récemment par McKinsey and Company selon laquelle le Canada pourrait ajouter 150 milliards de dollars en produit intérieur brut supplémentaire d’ici 2026 si nous favorisions l’avancement de l’égalité entre les femmes et les hommes. 

 

« Il ne s’agit pas simplement de bons principes économiques. Le fait d’encourager les femmes à atteindre leur plein potentiel signifie que davantage d’entreprises et d’innovations viendront transformer nos vies, fait-elle valoir. Comment ne pas consacrer toutes nos énergies à ce projet de société! »

 


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